Le Misanthrope, mise en scène de Lukas Hemleb à la Comédie française
Surpris ou déconcertés, voire même déçus, un certain nombre de critiques dramatiques témoignent depuis le début du mois de juin 2007 de leurs doutes face au nouveau spectacle du metteur en scène d’origine allemande Lukas Hemleb. Après un très remarqué Dindon de Feydeau en 2002 et Une visite inopportune de Copi au Studi-Théâtre en 2001, Hemleb retrouvait la troupe de la Comédie-Française pour un Misanthrope très diversement reçu. Donnons quelques exemples : Anne Eyrolle sur le site lesculturelles.net1, Mathilde La Bardonnie pour Libération2 ou encore Fabienne Darge3 du Monde ont manifesté leur déception alors qu’Armelle Hériot4 dans Le Figaro et Fabienne Pascaud de Télérama saluaient la pertinence de la lecture d’Hemleb. Intéressons-nous ici à la pièce reprise au Français et dans laquelle l’athlétique Marie-Sophie Ferdane a laissé sa place à Judith Chemla pour le rôle de Célimène.
Les paradoxes du misanthrope
« Je n’y puis plus tenir, j’enrage, et mon dessein/ Est de rompre en visière à tout le genre humain » (Acte I, scène 1). Dès les premières répliques Alceste est un exilé en puissance, en rupture avec la société pour laquelle il conçoit une «effroyable haine». Mais ce refus se nuance d’acceptations, comme le montre le lent et immobile misanthrope que campe Thierry Hancisse, droit sur ses jambes face à un Philinte (Eric Génovèse) habile dont la rouerie souligne une autre contradiction de son ami : Alceste l’intransigeant aime la femme du monde la moins faite pour lui, la coquette Célimène. Ce paradoxe file tout au long de la mise en scène de Lukas Hemleb et traverse le corps d’Alceste : hiératique dans les premiers échanges, la bile lui monte progressivement et son jeu nerveux l’amènera à ramper sur le plancher en déclarant son amour dans les jupes ce Célimène.
Lukas Hemleb prétend fonder avec cette pièce un « théâtre de l’intranquillité », et s’il est vrai que l’absolu de transparence et de sincérité auquel aspire Alceste ainsi que le « désert » pour lequel il se condamne constituent aujourd’hui encore des sources d’interrogation : un article publié sur le site theatrotheque par Caroline Vernisse
Complexe Célimène
A côté des petits marquis, Lukas Hemleb propose une autre lecture audacieuse : celle d’une Célimène (Judith Chemla) amoureuse d’Alceste, et là aussi, la bienséance se trouve heurtée par la fougue des enlacements. La fragilité du corps et de la voix de la coquette fait néanmoins jeu égal avec la prude Arsinoé, que joue Clotilde de Bayser, elle-même détentrice du rôle de Célimène dans la mise en scène de Jean-Pierre Miquel en 2000 : la beauté froide et austère d’Arsinoé dénonce les arguments de Célimène comme fallacieux. « Il est une saison pour la galanterie ; / Il en est une aussi propre à la pruderie », l’empathie habituelle du spectateur pour la veuve de vingt ans ne peut être complète ici. « On ne peut pas ne pas aimer Célimène. C’est elle qui nous fait deviner qu’il y a un espace, une oscillation, libre et théâtrale, entre être et dire, entre subir et agir. » confie d’ailleurs Lukas Hemleb. Les femmes de la pièce sont des rivales l’une pour l’autre.
Sincèrement éprise d’Alceste mais disposée à recevoir les hommages des galants qui la courtisent, Célimène trouve son reflet dans l’ingénieuse scénographie de Jane Joyet : si les deux pans de mur en équerre limitent les déplacements des personnages et les enferment dans une prison-labyrinthe, nulle intimité n’est possible car ces murs sont des parois de gaze qui oscillent entre opacité et transparence et suggèrent le lambris d’un salon du XVIIè siècle. Illustration complexe d’une société dont le paradoxe est d’être fondée sur l’apparence et l’artifice dès lors que le regard que chacun porte sur tous rend tout public.
Soulignons également les costumes d’Alice Laloy, lesquels, pour connoter le XVIIè siècle, ont l’élégance de la sobriété : le jeu physique, charnel des acteurs apparaît ainsi comme une concession à la (post) modernité mais une concession qui trouve son sens dans le plateau que dessine Hemleb. Il ressort de ce spectacle une impression, disons, « très Comédie-Française », c’est-à-dire, le sentiment d’avoir assisté à une lecture à l’originalité contenue, respectueuse du texte, efficace sans bouleverser fondamentalement l’horizon d’attente du spectateur.
Romain Labrousse

Lukas Hemleb veut nous tranporter dans l’univers de Molière, mais c’est un échec.Certes les comédiens jouent admirablement leurs roles, entre autre Thierry Hancisse qui est parfait . Le décor est incompréhensible et il y a un manque criant d’authenticité.