Pierre Michon : naissance et renaissances, sous la direction de Florian Préclaire et d’Agnès Castiglione, coll. « Lire au présent », CIEREC, Publications de l’Université de Saint-Etienne, 2007.
La journée d’étude que l’Université de Cergy-Pontoise a consacrée à Pierre Michon le 9 mars 2005 vient de faire l’objet d’une publication. Cette livraison s’efforce de souligner « l’avènement du texte et le texte de l’avènement1 ».
« Avançons dans la genèse de mes prétentions »2
Les spécialistes de l’auteur des Vies minuscules proposent diverses approches de l’œuvre de Michon dont la retranscription du film de Pierre-André Boutang et Pierre-Marc de Biaisi, Pierre Michon. Retour aux origines tient à la fois de l’entretien-confidence et de la narration biographique ; l’étude génétique de l’incipit des Vies minuscules que propose Agnès Castiglione est une fouille minutieuse dans les abondants carnets de Pierre Michon, recherche qui s’accompagne de la publication d’un texte aujourd’hui introuvable, « Un Voyage en Egypte3 » ; Ivan Farron parcoure les textes de Michon à la lumière de concepts majeurs des générations Tel Quel et Nouveau Roman - profitons de cette mention pour rendre hommage à l’écrivain et cinéaste Alain Robbe-Grillet dont nous avons appris la disparition le 18 février - , la « Terreur » et la « Rhétorique ». La mise à mort de l’Auteur que Fabrice Humbert décèle dans Corps du roi (2002) exhibe la dimension performative des textes de Michon.
Les pères du texte
Si Flaubert est régulièrement cité comme un « père du texte » c’est Balzac qui prédomine dans ces actes, à travers une salutaire citation d’Illusions perdues, placée en exergue des Trois auteurs et rappelée par Florian Préclaire : « Tu pourras être un grand écrivain mais tu ne sera jamais qu’un petit farceur ». L’écriture de l’auteur de Rimbaud le fils (1991) est grave et légère, précieuse parce qu’elle se sait vaine, comme le confirme l’étude stylistique très précise de Stéphane Chaudier : « en Occident, licence est donnée à l’artiste d’être tout, mais pour de faux4». L’esthétique de la disjonction qu’analyse le critique à travers de nombreux extraits révèle une éthique de l’irresponsabilité : celle de l’artiste non engagé, l’artiste royal. Bruno Blanckerman revient quant à lui sur le Rimbaud de Michon.
Les actes du colloque Pierre Michon de 2005 constituent une exigeante entrée dans le corpus de l’auteur. Notons que l’ « effervescence universitaire » commentée par Florian Préclaire dans son « Avant-propos » ainsi que la bibliographie présentée en fin de volume témoignent de l’actualité, au sens fort, d’un écrivain contemporain que certains considèrent déjà comme un « classique ».
Romain Labrousse
A noter :
- Un colloque de littérature contemporaine est organisé le 11 mars 2008 en présence de plusieurs des spécialistes de Pierre Michon : « Franchir, offrir », colloque organisé par l’Université de Cergy-Pontoise, en collaboration avec l’Université de Saint-Etienne, par le Centre de recherche textes et francophonies (CRTF), par le Centre interdisciplinaire d’étude et de recherche sur les écritures contemporaines (CIEREC), sous la direction d’Anne-Marie Lilti et Florian Préclaire, avec la participation de Corinne Blanchaud, Stéphane Chaudier, Christiane Chaulet-Achour, Daniel Delas, Annick Gendre, Violaine Houdart, Florian Préclaire, Brigitte Riéra. MARDI 11 MARS, de 9H30 à 17H, Université de Cergy-Pontoise, site des Chênes 1, salle 521. florianpreclaire@yahoo.fr.
- Un recueil d’entretiens accordés par Pierre Michon à la presse, est récemment paru : Le roi vient quand il veut. Propos sur la littérature, Pierre Michon, éd. Albin Michel, 2007, 393 pages, 22 €
- Florian Préclaire, « Avant-propos »,
Pierre Michon : naissance et renaissances, sous la direction de Florian Préclaire et d’Agnès Castiglione, coll. « Lire au présent », CIEREC, Publications de l’Université de Saint-Etienne, 2007, p.7. [↩] - Pierre Michon, Vies minuscules, 1984, Paris, Gallimard, coll. « Folio », 1996, p. 13. [↩]
- Pierre Michon, « Un Voyage en Egypte », Oracl, n°3-4, « Construction et déconstruction du mythe dans la littérature contemporaine », Poitiers, 1983, pp. 26-32. [↩]
- Stéphane Chaudier, « Michon : style, phrase, système », op. cit., p. 68. [↩]

“Qu’est-ce qui fait écrire les hommes?”, s’interroge Pierre Michon dans la dernière page de son Rimbaud.
Qu’est-ce qui fait frémir les femmes? ai-je envie de lui demander.
L’année dernière Mr.Préclaire étais mon professeur de français . Il y a pas meilleur que lui il ma fait progresser je l’oublirais jamais !