Platform, d’après Plateforme de Michel Houellebecq. Mise en scène de Johan Simons - La Mort d’Hercule d’après les Trachiniennes de Sophocle, mise en scène de Georges Lavaudant

Du Houellebecq à l’économie

Le festival Standard Idéal a permis au public français de découvrir la dimension théâtrale des romans de Michel Houellebecq : régulièrement montées, avec succès, en Allemagne et en Belgique les adaptations théâtrales des romans de Michel Houellebecq n’ont pas encore conquis la France, peut-être à cause du sévère portrait que l’écrivain dessine du Français moyen. Les 11 et 12 février, c’est le roman Plateforme (2001) que le metteur en scène hollandais Johan Simons (( Né en 1946, Johan Simons est une figure importante de la scène néerlandophone. Il travaille fréquemment dans les grands théâtres allemands, et, depuis 2005, il est directeur et metteur en scène du NTGent. Platforme, l’un des spectacles de sa première saison a été sélectionné au Theaterfestival 2006 de Flandres et des Pays-Bas. )) a présenté, dans une lecture très pudique, à l’opposé de la surenchère pornographique que d’autres metteurs en scène ont choisi avant lui : brutalement le décor tombe des cintres et répand sur le sol des rebuts d’une société de consommation à la dérive : référence à la fois spectaculaire et discrète à l’explosion que provoque un attentat dans le roman. La scène est en Thaïlande et même si le roman n’y fait pas référence, on ne peut s’empêcher de penser à un raz-de-marée dévastateur. Un châtiment ?

« Mes rêves sont médiocres. Comme tous les habitants d’Europe occidentale, je souhaite voyager […] pour dire les choses plus crûment, ce que je souhaite au fond, c’est pratiquer le tourisme. On a les rêves qu’on peut ; et mon rêve à moi c’est d’enchaîner à l’infini les ”Circuits passion”, les ”Séjours couleur” et les ”Plaisirs à la carte” - pour reprendre les thèmes des trois catalogues Nouvelles Frontières»1. Tabous de l’Occident, le tourisme sexuel florissant et la peur grimpante de l’Islam, ne le sont pas pour Michel Houellebecq, dont la prose tranquillement provocante fit couler beaucoup d’encre lors de la parution de son troisième roman. Dans la mise en scène de Johan Simons, où seuls les déchets constituent le décor et disent la contamination de l’Orient par la déchéance européenne, le texte est premier. Peut-être est-ce la lecture nécessaire des surtitres qui nous faire dire cela, toujours est-il que même distanciés par le néerlandais et dits de manière naturelle par des acteurs ne recherchant pas l’effet, les mots de Houellebecq font sourire, excitent, mais surtout dérangent par cette excitation même. Des extraits du spectacle sont disponibles. Platform est en tournée du 30 mai au 3 juin 2008 au Théâtre National de Strasbourg.

Un mythe au quotidien

Le plateau est étroit, peu profond, les murs blancs font penser à un appartement autant qu’à une grotte : un vague XXè siècle se détache du vieux téléviseur accroché dans un angle. Ce n’est pas à une reconstitution archéologique de la Grèce archaïque que nous convie Georges Lavaudant, encore moins à un univers merveilleux aux dimensions d’un mythe. Non, ici la sobriété règne, comme chez cette femme dont la voix et le corps se détachent lentement de l’obscurité : c’est Déjanire, la femme d’Hercules, qui l’attend, digne dans sa robe noire mais étrangement disgracieuse :c’est un corps jeune mais fatigué, déjà fané par l’attente et l’angoisse que révèle la robe d’Astrid Bas : «Je vois cette jeunesse fraîche éclose, et la mienne prête de se faner» dira Déjanire de sa rivale, la fille du roi Eurytos dont Héraklès-Hercule vient de mettre à sac le royaume.

Jouée en décembre à la MC2 de Grenoble, La Mort d’Hercule place l’Olympe à portée de main, ou plutôt déplace la Grèce mythologique dans un hic et nunc étrange et familier. Nous ne toucherons pas l’Olympe pas plus que nous ne brûlerons dans le bûcher du héros. C’est en une sorte de rêverie que Georges Lavaudant concentre la pièce de Sophocle, Les Trachiniennes, mais si la nerveuse traduction de Daniel Loayza passe très bien la rampe, la simplicité de la mise en scène semble entrer en contradiction avec l’envergure du propos. Si c’est un homme ( André Wilms) qui se meurt devant nous, c’est à travers un costume de catcheur qu’apparaissent les plaies d’Hercule. Comme pour Les Cenci d’après Antonin Artaud sur une musique de Giorgio Battistelli, présenté à l’Odéon la saison dernière, Georges Lavaudant n’a pas craint de se mesurer à la démesure, et ici aussi, il ne convainc pas totalement.

  • A consulter, l’article de René Solis, dans Libération

Romain Labrousse

  1. Houellebecq, Michel, Plateforme, Flammarion, 2001, coll. « J’ai lu », 2005, p. 31. []
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