Un acte de L’Opérette imaginaire de Valère Novarina, mise en scène de Marie Ballet et Jean Bellorini

“Faites entrer la parole”

Acte de naissance de la compagnie Air de Lune, formée à l’école Claude Mathieu, “L’Opérette” a connu un joli succès début 2008 au Théâtre de la Cité Internationale. Encore inconnus à l’époque, les deux metteurs en scène Marie Ballet et Jean Bellorini n’ont pas pali devant le souvenir de la mise en scène de Claude Buchvald, dix ans plus tôt. C’est le prologue et l’acte III de L’Opérette imaginaire de Valère Novarina qui a été choisi, car c’est selon eux, dans la masse textuelle de cette pièce, l’acte le plus intéressant du point de vue du rythme : tentative désespérée d’empêcher l’opérette et surtout, car ce n’est pas la fable de la pièce qui retient le plus, plongée dans la langue de l’auteur. “Public d’Opérette, fais que l’espace n’ait pas lieu !

Sélectionnée à deux reprises au Festival “Enfants de troupes” parrainé par Ariane Mnouchkine au théâtre du Soleil en 2003 & 2004, la troupe souhaite “célébrer dans le délire, les noces de la musique et du théâtre”. Les huit jeunes comédiens incarnent les personnages truculents d’un Novarina au texte festif, dans un heureux travail de troupe: le E muet devient subitement le Valet de Carreau (Jean-Christophe Folly remarqué dans Falstaff du même Novarina, à Chaillot cette année), L’Ouvrier Ouiceps se mue en Romancier (Matthieu Fayette), auteur d’une interminable performance qui consiste à réciter d’un souffle les répliques de centaines de personnages qui peuplent son roman, ou encore Anastasie (Aurélie Cohen) discrète vamp en robe noire.

“Non, non, non, l’homme n’est pas bon”

L’Opérette souligne bien la dimension comique de la pièce. On est parfois au cabaret, notamment quand les acteurs se trouvent sous la guirlande de lampions colorés qui met en abyme l’espace scénique. La qualité du travail musical compte pour beaucoup dans la réussite du spectacle: un quatuor composé par une soprano accordéoniste (Amélie Porteu de la Morandière), une alto violoniste (Céline Ottria), un ténor percussionniste (Romain Quichaud) et une contrebasse (Marc Bollengier) assurent un mariage détonnant entre des chants liturgiques et la profération du texte de Novarina, car les acteurs chantent et plutôt bien. On entend ainsi l’Alléluia du Messie de Haendel, l’Ave Verum de Mozart, l’Ave Maria de Gounod, celui de Schubert ainsi que des créations originales de Jean Bellorini.

Le jeu dynamique et alerte des acteurs, pourtant en attente d’une véritable “humanité”, nous emporte avec plaisir; mais les effets sont parfois appuyés et un côté brouillon dans la plasticité du décor et les déplacements des acteurs peuvent évoluer dans le sens d’une plus grande maîtrise des moyens propres au théâtre. A travers ce spectacle déjanté (le mot est un peu fort c’est vrai), c’est pourtant bien le drame de l’”animal parlant” qui se joue.

Romain Labrousse

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