Du 31 janvier au 2 février 2008, Théâtre National de Chaillot, 1 place du Trocadéro, 75116 Paris, 01 53 65 30 00, www.theatre-chaillot.fr.

Débandade sous stupéfiants

La critique allemande a récemment estimé qu’avec le Songe d’une nuit d’été de Thomas Ostermeier « le théâtre berlinois n’avait pas été d’aussi bonne humeur depuis longtemps »1 ; il est vrai que le public est convié à venir prendre un verre de punch, servi par des acteurs qui ne boudent pas leur plaisir d’engager la conversation avec les spectateurs. Une fois l’assistance installée, et les sièges semblent plus difficiles à trouver qu’à l’accoutumée, le spectacle commence par un strip-tease au mauvais goût assumé, auquel participent quelques spectatrices que les acteurs sont venus débaucher : le masque que place le satyre dénudé à un endroit incongru de son anatomie est d’un effet comique assuré.

Le ton est alors donné d’une bacchanale débridée à laquelle se livrent des amateurs de boite de nuit - le décor signé Jan Pappelbaum est celui d’une discothèque des années 80, offrant passerelles, escaliers et portes battantes propices à un vaste cache-cache amoureux - brutalement envahis par leurs pulsions et leurs frustrations. D’emblée très sauvages dans la légèreté de leur tenue vestimentaire ( Obéron le roi des fées est en caleçon boxer, en blouson court et en santiags), les acteurs sont affublés d’un masque d’animal qui semble leur ôter toute responsabilité.

Le Songe d’une nuit d’été, vous dites ?

La pièce d’origine est réduite à l’intrigue amoureuse liant les trois principaux couples, Obéron-Titania, Démétrius- Héléna, Lysandre-Héléna. Mais même la traduction allemande de Frank Günther n’est pas respectée, et si Ostermeier actualise la pièce de façon forcenée, le texte, fragmenté et méconnaissable, n’est guère épargné.

La gestuelle du quotidien que dansent les acteurs dirigés par Constanza Macras - nous parlons d’acteurs tant jeu et danse sont confondus - esthétise l’impétuosité des passions et l’irréalise comme en un songe d’une nuit d’été. L’ensemble est accompagné en permanence par un orchestre composé du bassiste de jazz new-yorkais Chris Dahlgren, de Maurice de Martin et d’Alex Nowitz. Ce dernier, androgyne au look gothique, récite et chante régulièrement des extraits du texte, seule vraie concession faite à Shakespeare.

Au final, le propos n’engage pas vraiment le spectateur, qui rapidement se lasse. En s’essayant à une dramaturgie de la déconstruction proche de celle de Frank Castorf, le directeur de la Schaübuhne Am Lehniner Platz marque son refus de s’enfermer dans une esthétique - il est d’ailleurs très conscient de l’image qui s’est imposée en France faisant de lui un metteur en scène du néoréalisme critique - et de bousculer les habitudes des son public. Difficilement lisible, le spectacle est cependant moins convaincant que les lectures de Brecht, et surtout d’Ibsen, que Thomas Ostermeier a déjà proposées.

Romain Labrousse

Liens utiles :

  1. Christine Dössel, Süddeutsche Zeïtung, 6 juillet 2006. []
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