Festival Le Standard idéal, 5è édition, du 8 au 24 février 2008.
MC93 Bobigny, 1 boulevard Lénine, 93002 Bobigny
01 41 60 72 60.
Chez Dimiter Gotscheff il n’est nul besoin d’attendre le troisième acte pour voir apparaître l’imposteur ; il n’est d’ailleurs pas d’acte que l’on puisse distinguer dans le spectacle du metteur en scène bulgare, tant le texte est parasité, concurrencé par des citations d’Heiner Muller et de Gotscheff lui-même. S’agit-il d’un théâtre en déconstruction ? Ce terme fréquent sous la plume des observateurs de la scène contemporaine, semble s’appliquer à quelques metteurs en scène, en particulier allemands, à commencer par Frank Castorf et plus récemment, Thomas Ostermeier, avec Le Songe d’une nuit d’été, monté à Chaillot du 31 janvier au 2 février 2008. Modestement vêtu d’un tee-shirt sous un costume marron bon marché, Tartuffe est un homme moyen, banal mais sympathique et intriguant car non affublé des tares psychologiques et physiques qui frappent la famille d’Orgon, notamment le fils, Damis, campé par Andreas Döhler en « bébé-monstre », un adolescent attardé rongé par les frustrations.
Un Versailles bourgeois
Repus dans l’aisance et le luxe, les bourgeois de la maison d’Orgon célèbrent leur propre réussite dans une interminable cascade de cotillons et d’étincelles : alors que les confettis et autres serpentins s’accumulent en tombant sur le plateau, la famille attend et pose à l’avant-scène, satisfaite, dans un tableau comme les affectionne Gotscheff. En vain se remplit un quotidien trop vide et les déchets de la fête accompagneront les personnages jusqu’à la fin de la partie. La société de consommation du XXIe siècle est si aseptisée que n’importe quelle émotion suffit à bousculer l’existence d’une famille : la banalité d’un Oh Happy day chanté en duo permet à Tartuffe de faire glisser Orgon sur la pente de l’ascétisme le plus dépouillé.
Hystérie collective
L’heure n’est plus à la critique de la fausse dévotion, ni même à celle du fanatisme ou du fondamentalisme. Tartuffe n’est plus qu’un opportuniste, à peine un parasite, dont l’ambition est de tirer profit d’une société qui s’étouffe dans sa surabondance. Si Orgon chausse les sandales et se couvre du drap d’un apôtre, les autres personnages n’attendent que la venue de Tartuffe car l’ennui en a fait des pantins que l’intrusion de l’étranger anime soudainement. Ils se livrent alors comme à plaisir dans l’hystérie et dansent (Dorine-Judith Rosmair), errent (Elmire-Paula Dombrowski) ou sautillent (Valère-Ole Langerpusch) dans l’obscur décor de Kathrin Brack, dont on a pu admirer l’épais brouillard dans le Ivanov de Tchekhov présenté par Gotscheff à Bobigny en 2007.
Victoire du parasite et défaite du bourgeois
Le deus ex machina qui clôt l’édition de 1669 disparaît complètement au profit d’un monologue de Tartuffe : le rejeté de la famille d’Orgon se mue en rebut du capitalisme qui se révèle comme un semeur de discorde, à travers un discours apocalyptique rappelant une rhétorique d’altermondialiste anarchisant poussée à l’extrême. Si Dorine, la soubrette émigrée d’Europe de l’Est, occupe seule la scène au début du spectacle et se livre dans un one woman show hilarant à une critique amusée de l’actualité politique française. Notons que peu de spectacles ces derniers temps, semblent échapper à cette actualité, tant les références plus ou moins forcées et caricaturales sont nombreuses, et pas seulement dans les mises en scène françaises. Au final, on ne rit pas de bon cœur, et c’est engourdi que le spectateur sort de Der Tartuffe.

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