Dalle Beaugrenelle –Paris 15
39 marches d’un petit escalier dérobé rue de Javel, sombre et sale. Plutôt qu’une dalle, un grand plateau ouvert, c’est un entrelacs de passerelles réticulées d’où émergent en forêt des totems sans dieux. Jardinières de béton gigantesques, réminiscence d’un rêve babylonien. L’espace est déserté, délabré si ce n’est quelques enfants auxquels s’adresse peut-être le mou revêtement plastique qui tapisse le sol entre les faïences absconses de carrelage fissuré aux couleurs désuètes. Les façades sont des rictus, des masques aux traits saillants ou lisses, les immeubles des singes-tours tous assis sur leur petit derrière de béton sec et raide. Du fleuve on n’entend que la voix express qui le borde, ne voit que les arbres qui le cache, ne sent que le vent qui porte les bruits et les odeurs de voitures. Au pied des trente étages, les réverbères font peine. La toux sèche d’un enfant résonne, et le vent souffle entre les oreilles et les tours. La dalle a la beauté des ruines et les tours la force absurde de la violence. Les socles de béton en sont sculptés par des griffes de trente étages hautes. Le lobby d’un hôtel est propre, mais je lui préfère le dehors et une reproduction taille humaine de la statue de la liberté. Des trous ponctuent la dalle, d’où émanent les lueurs ternes des candélabres de parking. Le sous sol est un enfer au sodium macérant depuis quarante ans sous une dalle en ruine, mais je ne crains pas pour la verticalité des totems.
Carte Paris XVe1
Texte : Emilien Gohaud / photo : Angèle Gohaud
- source IGN [↩]


Une petite exploration photographique de cet espace insolite :
La Dalle Beaugrenelle - Photographies de Jean-Philippe Dain,
http://beaugrenelle.jpdn.net