mes-cheres-etudes.jpgElle était la « femme du jour » dans le Libération daté du 16 janvier 2008. Rebaptisons-là « femme d’autrefois », en tout cas essayons de nous rassurer en lui donnant ce nouveau petit nom. Cette jeune femme, c’est Laura, étudiante française dont le livre Mes chères études vient de paraître (Max Milo, 2008). Réjouissons-nous de prime abord que ce récit autobiographique ait fait le récent objet de papiers dans la presse. Un récit dans lequel la dite Laura raconte les sacrifices qu’elle dut faire pour parvenir à payer ses « chères études », notamment la pratique d’une « prostitution ponctuelle » pour subvenir à des fins de mois de plus en plus difficiles. Dans son livre, Laura confie ses émotions, ce moment fatal où elle accepta de se rendre à une entrevue avec un « jeune homme de 50 ans » recherchant « masseuse occasionnelle ». L’article de Libération, édifiant sur ce point, relève que les pratiques de prostitution seraient plus fréquentes qu’on n’oserait le croire. 40 000 étudiants (sexes confondus) seraient touchés par ce fléau (source : Syndicat Sud Étudiant).

Une nouvelle Fantine

Alors pourquoi nommerons-nous cette Laura « femme d’autrefois » ? En un sens, on pourrait plutôt parler à son sujet d’esclavage moderne. Mais, à bien y réfléchir, Laura possède les traits d’une héroïne littéraire historique, notre Fantine nationale qui, rappelons-le, se rabaissa au rang de « fille publique » pour rembourser ses dettes aux Thénardier :

« [Fantine] se sentait traquée et il se développait en elle quelque chose de la bête farouche. Vers le même temps, le Thénardier lui écrivit que décidément il avait attendu avec trop de bonté, et qu’il lui fallait cent francs, tout de suite ; sinon qu’il mettrait à la porte la petite Cosette, toute convalescente de sa grande maladie, par le froid, par les chemins, et qu’elle deviendrait ce qu’elle pourrait, et qu’elle crèverait, si elle voulait.
- Cent francs, songea Fantine. Mais où y a-t-il un état à gagner cent sous par jour ?
- Allons ! dit-elle, vendons le reste.
L’infortunée se fit fille publique
. »

Fantine incarne la Misérable aux yeux d’Hugo, figure de mère, et de femme avant tout, elle doit recevoir la protection de nous autres, mâles protecteurs. Dixit Hugo : « On dit que l’esclavage a disparu de la civilisation européenne. C’est une erreur. Il existe toujours, mais il ne pèse plus que sur la femme, et il s’appelle prostitution. Il pèse sur la femme, c’est-à-dire sur la grâce, sur la faiblesse, sur la beauté, sur la maternité. Ceci n’est pas une des moindres hontes de l’homme. » Honte donc sur cette société (masculine ?) qui subit cet esclavage moderne sans sourciller. Un peu plus haut, l’auteur des Misérables appuyait son argumentation d’une violente harangue adressée au peuple aveugle :

« Qu’est-ce que c’est que cette histoire de Fantine ?
C’est la société achetant une esclave.
A qui ? A la misère.
A la faim au froid, à l’isolement, à l’abandon, au dénûment. Marché douloureux. Une âme pour un morceau de pain. La misère offre, la société accepte.
»

Hugo a bien eu l’occasion de reprendre cette polémique à l’assemblée, dans son fameux « Discours sur la misère ». Imaginons alors quel serait notre homme aujourd’hui ? Un écrivain, mais député, la tâche semble difficile … Il y aurait peut-être Bruno Le Maire, ex-directeur de cabinet de Villepin, député de l’Eure, qui se dit « homme politique et écrivain ». De là à le voir haranguer les foules sur le cas de notre misérable Laura, il y a sans doute un pas, voire du chemin. Hors cénacle, on pourrait penser à BHL, figure médiatique de la défense des droits de l’homme, mais à notre connaissance, il ne s’est pas encore revendiqué écrivain. Avis aux internautes de tous bords donc, à celui qui aurait une idée : notre homme doit être député, écrivain, sensible à la misère humaine, polémiste, éloquent. Pour ma part, je sèche.

Simon DAIREAUX

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Commentaire

  1. gmc a dit le 21 jan 2008 :

    CHEZ LES FOURMIS

    Un discours sur la misère
    Que personne ne veut entendre
    Inutile de réveiller Hugo
    Les bonnes moralités molles
    Confites de cécité hurlante
    Ne veulent pas voir
    Ce qui pourrait troubler leur shopping
    Leurs manucures ou leurs divertissements
    Une petite larme versée de temps à autres
    Un petit chèque tous les six mois
    Et les épiciers aux nobles valeurs
    Ont repeint leur brillante conscience

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