Lu dans L’Express que Johnny Hallyday, qui semblait en perte de vitesse et qui ne s’était pas produit depuis sa tentative de suicide, a fait une rentrée triomphale à L’Olympia. Mais à quel prix ! Vers la fin, une bouteille de whisky à la main, il a ôté sa chemise et l’a lancée au public ; il a demandé s’il n’y avait pas ici une ”fille pour l’aimer …”. L’on dirait qu’à la différence des monstres “sacrés”, qui étaient encore des acteurs (jouant des personnages et qui prêtaient à la légende seulement dans leur vie privée), les “idoles” d’aujourd’hui (feu James Dean, Brigitte Bardot, JH, etc) sont appréciés dans la seule mesure où elles jouent leur propre personnage. Avec elles, plus de “distanciation” : pour son public, JH n’est pas un artiste qui chante des chansons, il est JH chantant.
Dans le domaine littéraire, l’intérêt porté à la littérature de confession est peut-être quelque chose du même ordre : on aime voir l’écrivain en chair et en os au lieu de s’intéresser seulement à ce qu’il écrit. […]
A la limite, on peut penser qu’un jour viendra où l’art ne sera plus qu’un médiateur gênant, écran interposé entre l’idole (sur quelque mode qu’elle s’exprime, théâtre, littérature ou peinture) et son public. Ou si un art subsiste, il se réduira à l’art de se présenter.
Michel LEIRIS, Journal, (27 octobre 1966)


FOURBIS DE FIBRILLES
Les savants voient toujours l’art
Avec leurs lunettes d’obsidienne
Et leurs cagoules sans trous
Jamais ils ne voient
Pleurer la mer
Danser le feu
Et chanter le vent
Ces forçats et galériens
Du bulbe endimanché
Dans la torpeur de leurs bagnes
Biffures sur le sable
Que la mer oublie sans même sourciller
«J’estime, pour ce qui me concerne, que mon incapacité persistante de dominer la hantise de la mort m’empêche d’être tout à fait un homme et même, en quelque sorte, d’exister» (michel leiris)