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Le poète, tel Narcisse, est en proie à la religion du langage, plus il vomit les mots, comme dit Sartre, moins il ressent la contingence. Cette allure dressée de la poésie moderne, ces images droites sur la page comme on imagine un champ planté de pierres, elles n’ont d’autres desseins que de s’ériger en nécessité. Cette langue résumant tout, dont parlait Rimbaud, et qui admirablement souhaite assumer l’homme et instaurer l’avenir, elle voudrait conserver quelque chose encore d’un enseignement prophétique et l’inspiration sans défaut de l’antique ou du primitif. La littérature, l’art, la pensée, sont faits de la chair intime de ceux qui ont osé ce rêve et de ceux qui l’ont poursuivi.

Raymond Bellour, Henri Michaux

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Commentaire

  1. Christiane a dit le 11 juil 2008 :

    Mais vous souvient-il des signes précurseurs ? Cette douleur de se perdre dans les mots de l’école, dans ceux de la famille, dans ceux des autres. Où encore, quand il écrivait très vite et que des mots s’inventaient pour dire ce qu’il n’avait pas mis dans sa nécessite d’être compris. Quelle liberté, alors ! Ces grandes houles du langage qui l’emportaient loin des alphabets, dans les racines sonores des mots nouveaux ,dans les couleurs acides de son camaïeu.
    Alors laissez les pierres en cercle sacré, il lancera ses mots comme des oiseaux depuis leur ombre matricielle.

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