La formation

Paul Otchakovsky-Laurens, vous fondez les éditions POL en 1983 après plusieurs années passées dans le milieu éditorial. Pouvez-vous nous parler des années qui ont précédé la création de votre propre maison d’édition, notamment de vos expériences de directeur de collection chez Flammarion puis Hachette.

Je suis entré dans l’édition comme stagiaire chez Christian Bourgois en 1969 puis chez Flammarion, directement au service littéraire, en novembre 1970, après avoir fait l’armée. J’avais fait des lectures pour Bourgois, rencontré des gens du milieu, et de fil en aiguille, j’ai su qu’un poste se libérait chez Flammarion. J’y ai travaillé de 70 à 71 au service littéraire. J’ai remarqué qu’il y avait dans cette maison un certain nombre de livres qui étaient écartés parce qu’il n’y avait pas de lieu de publication à l’intérieur de la maison qui leur était adapté. J’ai proposé la création d’une collection et j’ai créé « Textes » qui a duré jusqu’en 1977. En 1977, je suis parti, gagnant par là une certaine autonomie. Je proposais mes choix au comité de lecture qui ne pouvait rien m’imposer. Ce comité acceptait ou refusait mes livres ; en fait ils ont toujours été acceptés, sauf une fois où on a estimé qu’une œuvre devait être publiée dans la production normale et j’ai saisi ce prétexte (il se corrige), non, cette occasion pour partir de chez Flammarion et aller chez Hachette où on me proposait la direction d’une collection plus autonome, sans comité de lecture. Je suis entré chez Hachette en 1978 où j’ai dirigé la collection « Hachette POL » et là j’y suis resté 5 ans en publiant un grand nombre de livres dont certains ont eu beaucoup de succès : La Vie mode d’emploi de Perec (Prix Médicis, 1978), Les Portes de Gubbio de Danièle Sallenave (Prix Renaudot, 1980), les premiers romans policiers de René Belletto. Déjà, chez Flammarion, en 76, un livre avait eu le prix Médicis, Les États du désert de Marc Cholodenko. Tout cela m’a donné un peu d’assise et au bout de cinq ans je suis parti de chez Hachette à cause de désaccords avec la direction notamment. Là j’ai créé ma maison d’édition, avec l’appui des Flammarion. Je m’étais réconcilié entre temps.

On peut imaginer que la création d’une maison d’édition est le fruit d’une longue maturation. Dans votre cas, quelle en fut la motivation précise et à quand remonte t-elle ?

La maturation a été longue en effet, de 1969 à 1982, soit 13 ans, mais la décision a été extrêmement rapide. C’est un jour, en descendant du bureau de Jean-Claude Lattès chez Hachette : il me faisait une proposition pour un contrat à durée indéterminée, dans des conditions qui ne me satisfaisaient absolument pas. Il proposait la disparition de ma collection et son intégration à une filiale de Hachette. Ça ne m’allait pas du tout comme situation, donc j’ai pris la décision, en cinq minutes, de créer ma maison d’édition. J’avais acquis une réelle autonomie : « Hachette POL » était passé du statut de collection à celui de département et on me proposait une régression tout à fait inacceptable. La décision de créer ma propre maison d’édition fut longuement mûrie en secret, sans que je le sache moi-même, mais j’ai pris la décision en cinq minutes. En descendant du bureau de Lattès, j’ai demandé à voir Charles-Henri Flammarion - mon interlocuteur là-bas. Il m’a reçu dans l’heure qui suivait. Je lui ai proposé d’ouvrir une filiale du groupe Flammarion. Une semaine plus tard, je voyais son père qui me donnait son accord.

Vous déclarez dans un entretien récent : « j’ai toujours fait ce que je voulais ». A vous entendre et en suivant votre parcours, il semble que le seul moyen d’être libre c’est de créer sa propre maison d’édition donc …

C’est exactement ça. C’est la conclusion à laquelle je suis arrivé. Après avoir été stagiaire, employé dans un service littéraire, puis directeur d’une collection, d’un département, créer sa propre maison était le dernier stade de l’indépendance. C’était une évolution normale.

Depuis 1991, Gallimard détient des parts de votre maison d’édition. Cette dépendance financière freine t-elle vos initiatives en terme de politique éditoriale ?

L’arrivée majoritaire de Gallimard remonte à 2002 je crois. Je ne sais même plus … Franchement je m’intéresse tellement peu à ces problèmes que (il se reprend), enfin je m’y intéresse, évidement, puisque c’est une des conditions de survie de la maison, mais pas au point de me souvenir des dates. Pour moi, cette dépendance financière n’est absolument pas un problème. D’abord, je n’étais pas majoritaire quand j’ai créé la maison d’édition, c’était Flammarion. Je ne suis devenu majoritaire que parce que la maison marchait mal ; Flammarion ne voulait plus être partenaire et n’a pas voulu suivre les augmentations de capital. Je n’ai donc pas une culture de la majorité. Je sais qu’on peut travailler en indépendance dans une structure capitalistique qui n’est pas à soi. Il suffit d’avoir des convictions et de savoir les faire partager. J’ai créé cette maison sur un certain mode et dans certains registres. Tout le monde sait que c’est ça que je sais faire et si on m’appuie, c’est en sachant qu’il faut me laisser cette indépendance de décision. Certes, j’ai, dans mon partenariat avec Gallimard, un certain nombre de contraintes que je subis avec beaucoup de (il hésite) de raison. Ce sont des contraintes d’ordre financier. J’ai l’obligation (il corrige), je me donne l’obligation d’avoir des résultats équilibrés : c’est une contrainte que je trouve tout à fait normale.

La (sur)vie de POL

Antoine Gallimard justement déclarait en janvier dernier : « Depuis que Charles-Henri Flammarion a vendu, qu’il y a eu l’affaire Hachette-Editis, que les familles Bardet-Flamand ont vendu le Seuil, tout est agité. Et ce n’est pas fini. On est dans la tempête. » Quel constat dressez-vous de votre côté ? Va-t-on vers de nouvelles concentrations ?

Je ne suis pas un spécialiste de l’évolution industrielle de l’édition mais je pense qu’il y a encore des concentrations qui vont s’opérer. Il y a au moins une maison d’édition familiale qui ne le restera peut-être pas. Je ne parle pas de Gallimard qui maîtrise très bien le capital familial. Je pense à Albin Michel. On ne sait pas ce qu’ils vont devenir à la prochaine génération. Il y aura sans doute aussi des cessions d’actifs par ci par là. Le mouvement de concentration n’est pas encore terminé. Il a pris une grande ampleur en France, et on peut penser qu’il touche à sa fin aujourd’hui. Mais je pense qu’il y aura encore des reclassements.
Les éditions P.O.L véhiculent l’image d’une littérature exigeante, avant-gardiste. Cette ambition éditoriale exigeante s’accompagne t-elle de stratégies éditoriales visant à élargir le nombre des lecteurs ? Ou le mot de stratégie éditoriale vous fait-il bondir …

Je ne vois pas les choses comme ça. Je dirige une maison assez éclectique mais j’y vois une certaine unité. C’est moi qui confère cette unité puisque ce sont mes choix, et uniquement mes choix. Il y a forcément une unité dans la mesure où je suis un être relativement stable. Si cette unité n’est pas perçue, c’est un autre problème, mais je pense qu’il y a une cohérence dans mes choix qui sont avant tout des choix littéraires. Pour moi, le travail d’écriture, le travail dans la langue, de la langue, sur la langue, est prioritaire. Je privilégie une démarche esthétique, formelle qui passe aussi bien par des livres dits faciles que par des livres dits difficiles, rigoureux et exigeants. Les livres « faciles » peuvent aussi être rigoureux et exigeants. Je n’établis pas de distinction entre « livres faciles » et « livres difficiles » mais simplement entre ce que je juge bon et ce que je juge mauvais. Finalement, la littérature circule aussi bien dans des livres faciles que dans des livres difficiles.

Cette réflexion permet, je pense, de mieux comprendre la création des collections Petit POL et POL’ard. On aurait pu penser que c’était une manière ironique de répondre à vos détracteurs qui ne voient dans POL qu’une maison d’édition hermétique. Plus sérieusement, quelle motivation est à l’origine de la création de ces collections ?

En ce qui concerne « Petit POL », il s’agit d’une tentative un peu particulière. Sans entrer dans le discours pas faux mais quelque peu bateau qu’il faut préparer les lecteurs de demain, la littérature de jeunesse m’intrigue et m’amuse avant tout. J’ai voulu faire une incursion dans ce domaine-là. Quant à POL’ard, il ne s’agit pas d’une politique éditoriale délibérée mais plutôt d’une rencontre avec une œuvre qui m’a incité à créer une collection. La collection est entièrement dédiée à cet auteur [ndlr : Raphaël Majan].

Vous avez connu de francs succès avec Truisme de Marie Darrieussecq en 1996 notamment ou encore La Maladie de Sachs de Martin Winckler. Comment avez-vous vécu ces moments ?

Comme des moments très heureux bien entendu. Il ne s’agissait pas des premiers succès, mais des succès les plus retentissants. On avait déjà eu du succès avec L’Enfer de René Belletto, La Classe de neige d’Emmanuel Carrère, ou encore La Douleur de Marguerite Duras. Ces succès n’étaient donc pas une nouveauté pour nous. C’est toujours un grand plaisir de voir ses choix partagés, d’assister, à la fois en acteur et en spectateur, à une espèce d’emballement qu’on ne peut pas provoquer et qui n’est pas maîtrisable. (Il se reprend) Enfin, si ! on peut le maîtriser, le canaliser pour éviter de faire exploser la maison ! Mais on ne mesure pas les ingrédients de ces succès.

À côté de ces succès, une très large part de votre production littéraire (notamment la poésie) souffre d’une méconnaissance. Des auteurs tels que Nathalie Quintane, Charles Pennequin ou encore Christian Prigent peinent à trouver un plus large lectorat alors même qu’ils sont considérés par leurs pairs comme les grands poètes de demain. Quel regard portez-vous sur ce paradoxe historique tenace de la grande œuvre inconnue du grand public ?

Qu’il s’agisse de Nathalie Quintane ou de Christian Prigent, je vous ferai remarquer qu’ils ont eu des ouvertures dans les grands journaux. Ce ne sont donc pas des inconnus totaux. Pour Pennequin, son œuvre commence, il n’y a donc rien d’étonnant à ce qu’elle n’ait pas acquis la notoriété de certaines autres. Néanmoins, je pense qu’il y a forcément un hiatus entre ces œuvres et le public parce qu’elles sont manifestement et ostensiblement dans le travail formel. Ce travail n’est pas ce qu’il y a de plus séduisant dans la littérature pour le grand public. À l’intérieur du registre qui est le leur, ces œuvres trouvent leur public. On peut espérer, à la faveur d’un accident, d’un malentendu, qu’il y ait un débordement de ce public traditionnel. L’important, c’est de réunir ce public. Les quelques milliers d’exemplaires de Prigent, c’est déjà un succès.

Qu’en est-il de la situation de P.O.L à l’étranger ? Vos livres voyagent-ils bien ?

Je dirai que ceux qui voyagent le mieux, ce sont les succès en France, bien sûr. Mais on a un flux assez important de traductions de poésie, d’œuvres plus formalistes vers des petites maisons d’édition aux États-unis par exemple. Cette année, nous avons fait beaucoup de contrats à l’étranger, y compris pour des livres qui n’étaient pas évidents, Cholodenko en Russie notamment.

POL et ses écrivains

De nombreux auteurs vous envoient des manuscrits (> 3000 par an). Seul, vous décidez du sort de ces œuvres. Au final peu de ces auteurs deviendront écrivains … Comment se passe l’épreuve de la lecture ?

Si c’est de mon côté, ce n’est absolument pas une épreuve. Je procède exactement comme un lecteur qui entre dans une librairie : il a une envie de lire, il feuillette les livres sans savoir. Si quelque chose l’attire, il va aller voir plus loin et éventuellement acheter le livre. Je regarde les livres, je les hume et je décide de m’y plonger plus ou moins profondément en fonction de l’impression que j’ai aux premiers regards. Du côté de l’auteur, le refus est toujours vécu de manière très douloureuse. Du fait des contraintes matérielles, je suis obligé d’envoyer surtout des lettres types qui sont par définition cruelles. J’envoie environ 200 lettres personnalisées par an sur les 3000 manuscrits reçus et j’en retiens un à trois par année. Ça fait pas beaucoup.

Malgré cette sélectivité étroite, vous êtes un des rares éditeurs à lire tous les manuscrits que vous recevez. Vous répétez souvent refuser de suivre une politique éditoriale. Néanmoins, avec le temps, vous devez avoir repéré quelques critères de sélection …

Comme je vous ai dit, c’est le travail formel qui m’intéresse. Ce qui m’attire, c’est une langue que je ressens comme travaillée et non subie. J’aime que la langue soit un personnage du livre, pour un roman, un élément de l’œuvre pour les autres types de texte.

Là où d’autres éditeurs retouchent les œuvres, vous défendez une politique d’auteur qui paraît bien esseulée dans le paysage littéraire actuel. Dès lors que vous acceptez le manuscrit d’un auteur, vous ne vous permettez plus d’intervenir …

(Il coupe) Ce n’est pas tout à fait vrai. Je peux accepter le manuscrit d’un auteur et lui faire des suggestions. Mais je le dis bien, j’accepte d’abord le manuscrit. Si l’auteur n’accepte pas ces remarques, je publie le livre tel qu’il est.

Dans ce cas, l’éditeur modèle, ce serait Alfred Valette, le fondateur de Mercure de France. Un de ses auteurs, Charles-Henri Hirsch écrivait de lui : « Quand il avait retenu un texte ou accepté une collaboration périodique, [il] n’intervenait plus sous aucun prétexte. Le Mercure fut, demeure, et demeurera un faisceau d’écrivains indépendants entre eux et devant la direction ». Plus largement, quels seraient vos modèles en matière d’édition littéraire ?

Je ne connaissais pas du tout cette réflexion. Je la trouve tout à fait pertinente et je me sens plein d’affinité avec ce genre de déclaration. Sinon, comme modèle, il n’y a pas de mystère, cela va de Gaston Gallimard à Jérôme Lindon en passant par Christian Bourgois et Maurice Nadeau. J’ajouterai Jean Cayrol au Seuil.

Et à l’intérieur de votre structure, quels rapports entretenez-vous avec vos écrivains ?

C’est très variable. La base, c’est quand même d’être professionnel : il y a un contrat qui donne des obligations et des devoirs aux uns et aux autres. Il ne faut jamais l’oublier. Par ailleurs, en fonction des personnalités, il peut y avoir des relations plus ou moins amicales, plus ou moins poussées.

Le Livre et le numérique

Les difficultés actuelles de l’édition semblent liées à l’essor de nouvelles technologies qui mettent en péril l’existence de l’ouvrage imprimé. Votre regard sur Internet et l’édition numérique est ambigu : d’un côté, vous déclarez qu’ « Internet est une chance supplémentaire pour le livre », de l’autre vous militez contre la numérisation des œuvres littéraires …

Je pense qu’Internet est une chance pour le livre parce que c’est un instrument de promotion formidable et de diffusion de l’information. On a un site qu’on entretient, avec des extraits d’œuvres, des vidéos etc. Par ailleurs, je ne suis ni contre la numérisation des œuvres, ni contre le fait qu’il y ait un support électronique. Si le livre électronique arrive un jour à être séduisant, je pourrais vendre mes droits à des éditeurs numériques. Mais je pense que le numérique a une grande vocation à la dissémination. Il faut que ce soit encadré. L’auteur et les éditeurs ne doivent pas être victimes de la numérisation. Par exemple, les exceptions pédagogiques, handicapées, bibliothèques sont des exceptions qui, pour l’instant, ont été très mal conçues et qui sont très dangereuses dans leurs ambiguïtés. Il faut être vigilant et s’opposer à tout ce qui peut amener une dilution de la responsabilité de l’auteur, de l’éditeur. (Il insiste) Donc je ne suis pas du tout contre le numérique, c’est une opportunité qu’il ne faut pas laisser passer.

Aussi la numérisation des œuvres ne va pas nécessairement de pair avec un mépris des droits d’auteur …

Il ne faut pas que cela aboutisse à cela justement. Mais ce n’est pas automatique. Disons qu’il y a de gros dangers dès lors qu’il y a une dématérialisation, une virtualisation d’un certain nombre de principes. À partir du moment où ils sont virtuels, ces principes sont moins présents à l’esprit. Il faut simplement les rappeler pour que cette évolution se fasse dans le respect des droits d’auteur.

Et dans ce même ordre d’idée, quel regard portez-vous sur le projet de Google d’une bibliothèque numérique ?

Google fait ce qu’il veut avec les œuvres qui sont dans le domaine public mais il n’a pas à faire ce qu’il veut avec les œuvres protégées par les droits d’auteur. C’est le sens des procès qui lui sont intentés en ce moment. Google a en effet agi au mépris du droit d’auteur et il est normal que les gens concernés réagissent.

Dans un article fameux, « Des auteurs en voie de disparition », vous reprenez la formule d’André Schiffrin, « L’édition sans éditeurs » (ouvrage paru aux éditions La Fabrique en 1999) et parlez d’une « édition sans livre ». La situation est-elle à ce point préoccupante ?

Je pense qu’elle est préoccupante en effet. Le législateur a essayé de prendre trop tard le train en marche et du coup il a conçu des lois très difficilement applicables, très ambiguës. On attend des décrets d’applications qu’ils lèvent ces ambiguïtés mais on n’en est pas sûr. Avec d’autres je tire le signal d’alarme. Il faut faire très attention à ce qui se prépare et avoir constamment à l’esprit qu’aucune évolution technologique ne peut se faire sans respect des droits d’auteur. Le respect des droits d’auteurs est ce qui a permis toute l’évolution que l’édition a connue depuis sa création, d’une part sa prospérité, d’autre part sa prise de risque, son inventivité, ses investissements. Si l’édition devient un métier qui consiste à trouver ce qui marche et à laisser de coté ce qui ne marche pas, cela n’a plus aucun intérêt.

Et justement, sur cette question des dangers de la productivité du littéraire, Joël Faucilhon, fondateur du projet Lekti-France, s’inquiète de l’extension du programme Amazon Marketplace. De nombreux libraires indépendants mettent à la disposition d’Amazon leur propre stock. Le plus inquiétant, pour Joël Faucilhon, est que ce programme exclut les livres à rotation lente. Que vous inspire cette évolution de la librairie ? De la disparition du rôle des libraires et de l’essor de tels programmes virtuels excluant les œuvres à faible diffusion ?

Il y a une manière de se mordre la queue parce que tout le monde sait qu’il y a de moins en moins de librairie qui ont un fond conséquent. En France, Dieu merci, grâce à un certain nombre de lois dont celle sur le prix unique, il reste encore un certain nombre de librairies comme on les aime, avec un fond important. Elles sont quand même en voie de disparition. il faut être vigilant et dès lors qu’il y a une liaison librairie - plateforme de commercialisation virtuelle où chacun a besoin de rentabiliser l’autre, il y un risque de concentration sur les choses qui marchent le plus et le mieux. Il n’empêche que les plateformes numériques sur Internet permettent de travailler le fond. Cela le rend plus accessible.

Donc votre position d’éditeur n’est pas la même que celle des libraires ?

Si ! Car je suis par définition solidaire des libraires. Je pense qu’il faut absolument que le réseau des librairies soit préservé. Et je pense qu’on ne peut pas laisser à un, deux ou trois diffuseurs numériques la mainmise sur la production littéraire. Il faut qu’il y ait suffisamment de ces mini distributeurs que sont les libraires pour que la diversité culturelle soit préservée. Mais je ne suis pas contre le fait qu’il y ait des moyens supplémentaires mis à la disposition de la diffusion du livre. Encore faut-il que cela se fasse dans le respect du droit d’auteur et sans avoir pour conséquence la disparition d’un réseau de libraires qui est tout à fait indispensable.


Pour finir, Paul Otchakovsky-Laurens, comment voyez-vous la conjoncture actuelle de l’édition littéraire ?

Il semblerait qu’il y ait une stagnation, voire une régression du chiffre d’affaire du Livre. Je pense qu’il y a une si forte sollicitation, un tel accaparement du temps disponible par de nouveaux loisirs, que c’est un danger pour le livre. Le livre doit montrer qu’il est toujours séduisant. Il faut convaincre les gens. C’est vrai qu’en passant cinq heures par jour devant la télévision, les jeux vidéo, il reste peu de temps pour lire. Il y a une action à entreprendre de la part des éditeurs, des auteurs, de tous les gens concernés, pour montrer que le livre est totalement irremplaçable.

Propos recueilli par Simon Daireaux, le 11 décembre 2006 à Paris.

0

Commentaires

Faire un commentaire :