Mémoire de Master II présenté et soutenu par Maxime DURISOTTI
Directeur de recherche : Jean-Yves MASSON, Université Paris IV – Sorbonne
Juin 2007
« Pourquoi une traduction ne pourrait-elle pas faire fleurir l’écrit qu’elle sollicite, resté parfois en boutons ? Sans la trahir davantage que le rosier porté d’un sol à l’autre n’est trahi par ses roses un peu plus belles. » écrit Yves Bonnefoy pour parler de sa pratique de la traduction. L’image est belle, mais il faut cependant rappeler ce qu’elle implique. Faire fleurir un texte, ce n’est pas lui rajouter des ornements imprévus, mais bien chercher le rapport qui s’établit, grâce à lui, avec l’être, le désir, le monde.
Tel que le rêve Yves Bonnefoy, la tâche du traducteur est de tenter de rassembler à nouveau, dans sa langue, l’expérience décrite dans la langue étrangère. Il s’agit à la fois de faire droit à l’expérience du poète étranger, de se pencher vers lui afin de la faire exister dans notre langue, sans gêner la liberté de son geste. Mais il faut aussi, pour que l’acte poétique ait lieu, donner à son travail la dimension d’une véritable parole.
Travail de critique et créateur, la traduction permet souvent d’approfondir son propre rapport au monde. La « pulsion de traduire » est souvent due à une communauté de destin avec un poète étranger que la traduction permet de mettre à jour. Traduire, c’est pour Yves Bonnefoy la manière de vivre, comme par procuration, une expérience poétique différente. L’œuvre de Keats permet de faire l’expérience d’une immédiateté au monde que sa propre démarche poétique semblait lui interdire. Les poèmes de Yeats sont autant d’occasions de retrouver la source d’une écriture visionnaire et frénétique dont il a personnellement cherché à maîtriser les impulsions.
Notre travail a consisté d’abord à clarifier les enjeux de la pratique de la traduction. Nous avons en grande part suivi les propositions critiques d’Antoine Berman et de Walter Benjamin. Dans un second temps, nous avons essayé de mettre en lumière le dialogue qui peut exister entre l’œuvre de traducteur d’Yves Bonnefoy et sa propre œuvre de poète.
Bibliographie essentielle
- Yves Bonnefoy, Keats et Leopardi, Mercure de France, 2000
- Yves Bonnefoy, Quarante-cinq poèmes de Yeats, Hermann, 1989
- Yves Bonnefoy, La communauté des traducteurs, Presses Universitaires de Strasbourg, 2000
- Antoine Berman, Pour une critique des traductions, Gallimard, Bibliothèque des idées, 1995
- Walter Benjamin, « La tâche du traducteur », in Œuvres I, Folio Essais, 2000, traduit de l’allemand par Maurice de Gandillac, Pierre Rusch et Rainer Rochlitz
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